- Paraît chaque dimanche à 8 heures tapantes, méridien de Paris -

dimanche 31 mars 2013

cousin, cousine




Those whom we called brutes had their revenge when Darwin shewed us that they are our cousins.
Bernard Shaw (1856–1950), in Man and Superman, 1903

("Ceux que nous appelions des brutes eurent leur revanche quand Darwin nous prouva qu'ils étaient nos cousins.")


Bonjour à toutes et tous!

Nous restons encore pour quelques semaines sur notre thématique des mots de parenté.
On arrive tout doucement à la fin du sujet, 'faut bien le dire…!


Aujourd'hui, voyons voir… Que nous reste-t-il à traiter??

Oui! Cousin / cousine!

Cousin, cousine, Jean-Charles Tacchella,
1975

Encore un cousin


A quoi donc pourrions-nous rattacher cousin?
D'une façon surprenante, étymologiquement le mot est lié à la ... ... soeur...!!

Cousin nous vient du latin cōnsōbrīnus, qui désignait - accrochez-vous - le fils de la sœur de la mère d’une personne.
Le cousin maternel quoi.

Cōnsōbrīnus est un composé de con- ("avec") et de sobrinus.

Sobrinus, c'est littéralement "relatif à la soeur", en d'autres termes: sororal!
Et dans ce cas concret, le mot qualifie le cousin germain.

Surprenant?

Sobrinus est en fait une forme altérée de *sosrinos, basé sur soror (la sœur).

*sosrinos devait originellement désigner le cousin germain du côté maternel, mais par l'intermédiaire de cette forme altérée sobrinus, sa définition s'est étendue pour finalement désigner  "le cousin germain" d'une façon générale.

Et l'on soupçonne, pour passer du complexe cōnsōbrīnus au si épuré cousin français, l'existence d'une forme intermédiaire *co(n)sinus, probablement tirée du langage enfantin.

L'idée fixe du Savant Cosinus...
(Rien à avoir avec le fait d'avoir son cousin dans le nez)

Oui, euh, bête question! Vous savez, je suppose, ce qu'est un cousin germain?
Des cousins germains sont des personnes ayant au moins un grand-père ou une grand-mère en commun (parenté au deuxième degré).

Stefanie Zweig nous parle de
ses cousins germains


Soror? Vous avez bien dit soror?
Mais oui, bien sûr, nous en avons parlé dans Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir? ; le mot est décliné sur la racine proto-indo-européenne *swesor-.

Et le latin *sosrinos / sobrinus provient d'une forme suffixée de la racine: *swesr-īno.


Quant à "germain", le mot provient de la racine proto-indo-européenne *gen-: donner naissance, enfanter, engendrer, déjà traitée dans Tour de France et Tour de Babel.

Sous la forme suffixée *gn(ǝ)-men, elle nous a donné germain: "du même germe".





A toutes et tous,
Joyeuses Pâques!


Doublement de circonstance...


Bon dimanche, bonne semaine - peut-être de congés? - et…
A dimanche prochain!




Frédéric

dimanche 24 mars 2013

Huey, Dewey et Louie (mais oui: Riri, Fifi et Loulou) en sont.


article précédent: amour, ami et tante



Bonjour à toutes et tous!

Habemus Papam! Ca se fête!
Patron, tu nous remets ça?

Voici donc une petite devinette de circonstance:

Pouvez-vous deviner le mot dont je vous donne ci-dessous la définition:

"la tendance de certains papes, et par extension de certains dirigeants, à favoriser l'ascension de leur famille ou de leur entourage dans la hiérarchie qu'ils dirigent, au détriment du mérite et de l'intérêt général."











Vous avez trouvé?

Oui: le … népotisme!


Quelques grands noms du népotisme (liste non exhaustive)?

  • Sixte IV, qui nomma cardinal de nombreux jeunes gens, parmi lesquels son neveu Raphaël Riario à l'âge de 17 ans,
  • Urbain VIII, qui éleva trois de ses neveux au rang de cardinal,
  • Paul III (ce qui est égal à la moitié de Paul VI) qui créa le duché de Parme et de Plaisance (duché désormais célèbre pour son jambon et sa navigation) pour son fils Pierre Louis Farnèse, et qui nomma deux petits-fils cardinaux, Alexandre Farnèse et Guido Ascanio Sforza di Santa Fiora,
  • Calixte III: un Borgia qui nomma cardinal son neveu et fils adoptif, le futur Alexandre VI, et puis…
  • Alexandre VI (oui, celui du point précédent): Borgia itou, qui nomma son fils César Borgia cardinal à l'âge de 18 ans…

'Y a encore Benoît VIII (Benoît XVI / 2) qui créa
cardinaux son cousin, son frère et son neveu.

Le terme népotisme vient de l'italien nepotismo, de nipote qui signifie "neveu" et fait référence à ce qu'on a appelé un "cardinal-neveu".

Le cardinal-neveu (en latin cardinalis nepos, en italien cardinale nipote ou cardinale padrone), encore autrefois appelé prince de fortune, était donc un cardinal élevé à son rang par un pape qui est son propre oncle ou, plus généralement, de sa famille.


Bon, avec la devinette d'entrée en matière, vous avez également deviné où je voulais en venir, hein!

Ben oui: après nous être intéressés à l'oncle et à la tante, il est temps pour nous de parler du… neveu - et de la nièce bien entendu.


Le mot neveu (ou sa forme féminine nièce) nous vient du latin nĕpōtem, l'accusatif de nĕpos.

- Et nĕpos, c'était le neveu. OK, on a compris.
- Bonjour! En fait, oui, et non.

Nĕpos désignait plutôt le petit-fils.
Mais on le retrouve, dans certaines acceptions, comme signifiant le neveu, ou même, d'une manière encore plus ouverte, le descendant.

En bas latin, après le règne d'Auguste, il semble que le mot ne signifiait plus que "neveu".
En tout cas, les deux sens: "petit-fils" et "neveu" se sont conservés en ancien français.

Et "neveu" peut d'ailleurs encore se rencontrer en français littéraire, ou dans une acception désuète comme désignant le petit-fils.


Nĕpos - dois-je vraiment le préciser??? - provenait d'une racine proto-indo-européenne:

*nepōt-


Sa signification: le petit-fils, le neveu.
Ou peut-être même aussi, d'une façon plus lâche, "le descendant autre que le fils".


Cette assimilation des notions de petit-fils et de neveu nous renvoie indirectement à la notion d'oncle (revoyez si besoin en est Ah mes aïeux!).

Car le proto-indo-européen *nepōt-, quand il signifie "neveu" semble bien désigner le fils de l'oncle maternel.

On peut supposer une relation étroite entre le fils et son oncle maternel, relation qui était d'autant plus proche et affective que celle d'avec le père était plutôt basée sur l'autorité.

Les racines proto-indo-européennes nous font entrevoir une symétrie en miroir articulée autour du fils - appelons-le EGO pour l'occasion - reprenant d'une part le grand-père maternel et l'oncle maternel de EGO, et de l'autre, EGO lui-même, mais vu par respectivement le regard de son grand-père maternel, pour qui il est le petit-fils, et enfin le regard de son oncle maternel pour qui il est le neveu:

grand-père maternel = oncle maternel
   I                              I
    petit-fils             =        neveu    

En d'autres termes, l'assimilation du grand-père maternel et de l'oncle maternel induit l'assimilation de petit-fils et de neveu.


*nepōt- s'est décliné en de nombreux dérivés, signifiant pratiquement systématiquement petit-fils ou neveu dans plusieurs langues indo-européennes: le sanskrit नपात् (nápāt), le vieux-perse napā, le grec ancient ἀνεψιός (anepsios), l'albanais nip, le portugais nepote, le roumain nepot, le vieux lithuanien nepuotis, l'anglais nephew, le néerlandais neef, l'allemand Neffe,
ou encore le vieux irlandais nia - au génitif niath, qui désignait toujours précisément "le fils d'une soeur"...




Et puis…

Rien à voir avec la notion de neveu.

Pour rester dans les termes de parenté, je parlerais plutôt ici de filiation, ou du respect de EGO vis-à-vis de ceux qui l'ont précédé, même en l'absence de lien de sang…
(Mais ne sommes-nous tous pas frères et soeurs, ne formons-nous tous pas une grande famille?)

Calvert Watkins, l'auteur de mon seul et unique dictionnaire de chevet(!), nous a quittés cette semaine pour rejoindre le paradis des linguistes, l'Asgard d'avant la Tour de Babel, l'Unité primordiale, où il doit vraisemblablement taper la carte avec Emile Benveniste et Jacob Grimm.

Adieu Monsieur le Professeur, et merci!

In Memoriam
Calvert Watkins




Bon dimanche à toutes et tous,
Passez une excellente semaine, et...
A dimanche prochain!




Frédéric

article suivant: cousin, cousine

dimanche 17 mars 2013

amour, ami et tante


article précédent: Benjamin, ou d'Amérique




Bonjour à toutes et tous!


Love, actually...

"Amour" nous vient du latin amorem, l'accusatif de amor (amour).
Le latin amor étant basé sur le verbe amō/amāre: aimer.

Amō quant à lui, se dérive à partir d'une ... - allez, tous ensemble -

... racine proto-indo-européenne!!!

*am-

Mais que signifiait *am-?
En fait, il s'agit d'un mot de pouponnière.
Entendez par là un mot utilisé et reproduit en pouponnière: on peut supposer qu'à l'origine il corresponde à du babil enfantin, inarticulé et inintelligible, que les adultes ont récupéré, qu'alors les poupons ont repris, et ainsi de suite.

Donc, soyons clair, *am- ne veut pas vraiment dire grand'chose (oui, grand'chose! Parce que j'ai envie de l'écrire comme ça, parce que à l'école j'avais appris à écrire grand-chose comme ça, et puis zut).

Mais bon, ce babil, ce langage non structuré a fini par donner des mots d'amour
En latin médiéval, amma, issu de *am- c'était la mère… Ou peut-être mieux: la maman.

Et c'est flanquée du suffixe *-os (qui existe aussi sous la forme *-es), qui permet de créer des noms abstraits à partir de verbes, que la racine proto-indo-européenne *am-, devenue ainsi *am-os, s'est dérivée dans le latin amō.

Suivie du suffixe * également utilisé pour la création de mots abstraits, ou donner des mots collectifs, *am-, sous donc la forme *am-ā, se retrouve plus précisément dans l'infinitif de amō: amāre, d'où nous viennent amateur, aimable ou amant.

Et puis, le latin a bâti sur amāre le mot amīcus, pour désigner celui que l'on aime: l'ami… (d'où nous vient évidemment le français ami, hein!)
Tout comme amical, amitié, ou les antonymes ennemi, inamical, inimitié.





- Bon, c'est vraiment très beau tout ça, c'est charmant, c'est joli… Mais la dernière fois, tu nous bassines avec l'étymologie de "oncle", tu nous imposes ton cycle des mots désignant les liens de parenté, et là, pfuiiit, plus rien, tu nous parles d'amour et de fleurs des champs… T'es pas net, hein, comme mec…!?
- Ah vous voilà, bonjour!
Oui, je peux comprendre votre légitime désarroi, mais il se fait que *am- nous a aussi donné le latin amita.

Après avoir, la semaine dernière, parlé de l'oncle, nous embrayons naturellement sur… la tante!

Ce que désigne le latin amita…!
Pour être plus précis, amita, c'était la tante paternelle, la soeur du père donc.


Aunt Petunia, la tante - maternelle - de Harry Potter
(Fiona Shaw)


Le français "tante" est, encore une fois, issu des pouponnières; c'est une altération enfantine du vieux français ante (attesté jusqu'au XVIIème siècle) découlant du latin amita.

Alors, amita! Ca ressemble à un diminutif non?
Eh oui, on suppose que sur la racine proto-indo-européenne *am- s'est créé *a(m)ma: la maman.
Amita serait ainsi la "petite maman".
Pas tout à fait la "vraie", mais presque…!

On suppute derrière le latin amita un croisement entre *a(m)ma et anus.
Non, n'y pensez même pas!
Non, anus est simplement l'équivalent féminin du latin avus: comprenez la "vieille femme".

Et NON, de grâce, ce n'est pas parce que veille femme se disait anus qu'il est opportun, seyant ou élégant d'utiliser le terme "peau de fesse" pour en qualifier certaines. Même si je dois bien le reconnaître, c'est parfois tentant.

C'est en tout cas par ce croisement entre *a(m)ma et anus que l'on peut comprendre

  • l'évolution de amita vers la forme ante du vieux français, ou même... 
  • l'acception, vieillie, de "vieille femme" encore associée à aunt, l'équivalent anglais de ante.

Aunt, par ailleurs, passé à l'anglais par l'anglo-normand aunte, créé précisément sur ante.


La racine se cache encore dans d'autres langues indo-européennes, comme derrière le vieux norrois amma "grand-mère", le moyen irlandais ammait "vilaine vieille femme", le lituanien anyta "belle-mère"...





Bon dimanche à toutes et tous!
Passez une excellente semaine, et…
… à dimanche prochain!





Frédéric

dimanche 10 mars 2013

Benjamin, ou d'Amérique


article précédent: Ah mes aïeux!



Bonjour à toutes, bonjour à tous!

Dimanche dernier: la racine proto-indo-européenne *awo-, qui a notamment donné le latin avus, dont nous avions tiré aïeul.

Ce dimanche: la racine proto-indo-européenne  *awo-, qui a notamment donné le latin avus, dont nous avons tiré aïeul.

- Ca y est, maintenant c'est officiel, il a pété un câble…
- Mais non! Enfin… Oui, peut-être, c'est possible… Mais bon, attendez...!

En fait, je vous propose de nous intéresser en ce dimanche - toujours dans le cadre de notre thématique "les noms qui désignent les membres de la famille",

à "oncle".




Et il se fait que notre français oncle nous vient du latin avunculus.


Nous employons toujours l'adjectif avunculaire: "qui a rapport à un oncle ou à une tante".
Nous parlerons par exemple d'une succession avunculaire.


Et il se fait que avunculus n'est que le diminutif de … avus.

Si si, le même avus que celui qui a donné aïeul.


Eh oui!

C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles beaucoup de linguistes, comme je vous le disais précédemment, n'aiment pas trop se prononcer sur un signifié trop limitatif de la racine proto-indo-européenne *awo- (notée *h₂ewh₂yos dans les dernières retranscriptions, ce qui fait nettement plus intello).

Car la racine est certes à l'origine de mots désignant le grand-père, l'ancêtre, mais a servi aussi à créer dans de nombreuses langues des mots désignant l'oncle.
Ou parfois même, plus strictement, l'oncle maternel: le frère de la mère.

Curieux, tout ça, non?

Il est un grand linguiste, Émile Benveniste, qui lui n'hésitait pas à se mouiller.
Il plongeait, carrément. Et il avançait des théories.

Grâce à lui, on comprend mieux ce qu'a dû être la civilisation indo-européenne.

Ses ouvrages sont clairs, limpides; ils se lisent comme des romans. Ils sont tout simplement passionnants.

J'en suis certain, Benveniste a fait naître bon nombre de vocations d'apprentis linguistes…

Emile Benveniste

Et donc, Emile Benveniste, dans le captivant "vocabulaire des institutions indo-européennes" - dont je ne peux que vous conseiller la lecture - traite des relations de parenté.
Juste un mot sur cet ouvrage en deux tomes: ne soyez pas rebutés par son titre curieux, voire rébarbatif. Les institutions auxquelles il est fait référence sont simplement "ce qui s'est institué" dans la société indo-européenne, au sens le plus général; quand nous décrivons une société, nous le faisons en racontant ses structures, son épine dorsale, la façon structurée dont ses membres interagissent…
Et c'est ce que fait la lexicologie des racines proto-indo-européennes: elle nous raconte la structure instituée d'une ancienne société humaine.
Cette société a disparu depuis longtemps, mais son squelette est toujours identifiable.

Pour Benveniste, *awo- signifiait bien le grand-père. Ou plutôt même le grand-père … maternel!
Mais aussi, par confusion des rôles, l'oncle maternel...!

Ca demande un peu d'explications, non?

Tout n'est que théorie bien sûr - comment arriver à affirmer des faits sociaux d'il y a des millénaires? - mais, si nous partons du latin par exemple, et que l'on accepte le principe qu'à l'origine le latin avus désignait bien le grand-père maternel de quelqu'un, son diminutif avunculus, en quelque sorte le "petit grand-père" servirait très logiquement à désigner le fils de ce grand-père maternel: l'oncle maternel de cette même personne.

Euh… Suis-je clair??

Ce sous-entendu latin ne serait que la trace d'une pratique plus ancienne...
Et l'assimilation, dans l'autres langues indo-européennes du grand-père et du frère du côté maternel tendrait à prouver la même chose.

Cette prépondérance accordée au grand-père maternel et à son fils l'oncle maternel dans la société indo-européeenne (ben oui, sinon, ils n'auraient pas créé des noms expressément pour les désigner) pourrait s'expliquer par la survivance, au sein même de la société indo-européenne patriarcale, patrilinéaire et patrilocale (Mmmmh?) , de traces archaïques d'un système plus ancien, matrilinéaire!

En ce surlendemain de journée internationale des droits des femmes, ça mérite d'être mentionné!

On suppose ainsi qu'en cas de disparition du père, l'oncle maternel ou le grand-père maternel - qu'importe: "les mâles restants de la branche maternelle", devaient être capables de le remplacer au pied levé. D'autant que le père indo-européen n'était pas nécessairement le père biologique, mais bien le chef de la maison, le chef du clan, le chef de la grande famille.
Et donc en découle aussi la confusion des termes grand-père maternel et oncle maternel.
Car leur rôle au sein de la famille étendue était sensiblement le même.

Ceci, je le reconnais, va à l'encontre de l'idée que les relations entre la nouvelle épousée et sa famille de sang étaient rompues par le mariage, la jeune épouse quittant purement et simplement sa maison, sa famille.
Enfin, oui et non: on peut supposer que même si la jeune fille quittait ses parents, la nécessité faisant loi, quand le pater familias de sa nouvelle maison disparaissait, on faisait alors appel, pour le remplacer, à un homme apparenté - même s'il n'était parent que par alliance, et en âge de reprendre son rôle...

Et puis, dites-vous bien qu'en l'espèce, on peut toujours supposer que cette confusion du grand-père maternel et de l'oncle maternel que l'on constate dans le vocabulaire indo-européen n'est que la survivance d'un autre système plus ancien, que les deux systèmes de filiation n'ont peut-être jamais réellement coexisté, ou alors d'une façon très lâche ...
La société indo-européenne aurait ainsi d'abord été matrilinéaire, puis serait devenue patrilinéaire, et *awo-, racine de la première époque, aurait continué à être employée par la suite.

Quand nous observons une scène lointaine au téléobjectif, nous perdons la notion de distance relative, tous les objets nous apparaissent pratiquement sur un même plan. Idem lorsque nous regardons le ciel par une nuit étoilée...
C'est peut-être en quelque sorte par un phénomène similaire que nous retrouvons ici des racines lointaines qui nous paraissent contemporaines les unes par rapport aux autres, alors qu'il y a peut-être des millénaires qui les séparent...

Allez savoir...!!


En tout cas, plus pragmatiquement, nous retrouvons notre racine proto-indo-europénne *awo- à l'origine des mots désignant l'oncle, ou parfois, précisément l'oncle maternel dans une longue série de langues indo-européennes.
- au point que l'on pourrait dire que *awo- incarne l'oncle*awo- c'est l'oncle incarné.
En vieil arménien: հաւ (haw), en vieil irlandais: aue, en néerlandais: oom...

Vieil Arménien

Par le proto-slave *ujь, nous voyons poindre *awo- derrière le bulgare вуйчо, le serbo-croate ујак/ujak, (ou encore ујко/ujko), le slovène ujac, le slovaque ujo, le tchèque ujec, le polonais wujek...

En vieux prussien, avis était l'oncle maternel, tout comme Ohm, Oheim l'est en allemand...


Et j'en passe, et des meilleurs!!




Bon dimanche à toutes et toutes!
Passez une excellente semaine, et…
… à dimanche prochain!




Frédéric

article suivant: amour, ami et tante

dimanche 3 mars 2013

Ah mes aïeux!


article précédent: Tu quoque, Brutis, belli-fili mi




"Nous descendons tous d'un roi et d'un pendu"
Jean de La Bruyère


Jean de la Bruyère


Bonjour à toutes et tous!


Nous sommes toujours en train de rechercher les étymologies des noms des membres de la famille.

La semaine dernière, nous avions traité du mot bru.

Aujourd'hui, intéressons-nous donc à nos aïeuls



La bénédiction de l'aïeul, Édouard Moyse


Aïeul nous vient du latin avus ("grand-père"). 

Avus avait donné en latin populaire le diminutif aviolus, à l’accusatif: aviolum
Au XIIIème siècle, aviolum devient aiol, qui deviendra, au XVIème siècle: aïeul.

Et le latin avus, OUI, provenait d'une racine proto-indo-européenne: 

*awo-


Alors, disons-le tout de suite, il semble difficile d'affirmer que *awo- désignait spécifiquement le grand-père; certains linguistes ne se mouillent pas trop, et se contentent de dire que *awo- "pouvait s'appliquer à tout adulte mâle autre que le père"…

On pourrait peut-être resserrer le filet, et dire que *awo- c'était tout adulte mâle autre que le père, le fils ou le frère, et qui serait plutôt d'une génération précédente...

Mon grand-père maternel, Joseph Buyse, aux commandes
de sa Type 38

Quoi qu'il en soit, on retrouve notre racine *awo- dans les germaniques *awô ("grand-père") et *awǭ ("grand-mère"), ou dans le vieux norrois afi ("grand-père") ... 

En gothique, avô désignait la grand-mère.

Grand-mère gothique

En italien, avo c'est l'ancêtre; en hittite, ḫu-uḫ-ḫa-as c'est le grand-père


Si le latin avait avus pour désigner le grand-père, il connaissait aussi abavus, pour le père du grand-père: l'arrière-grand-père
Le préfixe ab- est ici utilisé pour marquer l'éloignement, la séparation.

Le abavus latin avait un diminutif: *abaviolus.
C'est de lui que nous vient le mot espagnol pour grand-père: abuelo.

Et en Droit civil américain, abavus désigne toujours l'arrière-grand-père, abavia désignant l'arrière-grand-mère.


Mais revenons au latin: l'idée de la filiation, le respect des ancêtres était fortement ancré en latin. 
Jusqu'à avoir un mot pour désigner le père du père du grand-père, en d'autres termes l'arrière-arrière-grand-père: ătăvus.
Au pluriel, ătăvi, il en venait à désigner les ancêtres, d'une façon plus générique.

Ca vous dit quelque chose, non?

Ben oui! En génétique, un atavisme est un caractère primitif qui réapparaît après une ou plusieurs générations, sans se manifester dans les générations intermédiaires.
Au sens figuré, atavisme signifie encore la transmission héréditaire de certains traits physiques ou moraux.

Le latin ătăvus est construit sur avus, mais cette fois précédé du suffixe at-, au sens étymologique de "outre, au-delà"

Si l'aïeul est notre grand-père, le bisaïeul est notre arrière-grand-père
Savez-vous qu'en suivant la même logique, nous avons certes le trisaïeul, mais aussi le quadrisaïeul, le pentaïeul (ou quinquaïeul, ou même quintaïeul), le sextaïeul, le septaïeul, l'octaïeul et enfin le nonaïeul!!

Tiens, et connaissez-vous la différence entre aïeuls et aïeux?
Au pluriel, aïeuls désigne précisément le grand-père paternel et le grand-père maternel.
En revanche, on dira aïeux, et non aïeuls, pour désigner d'une façon plus générale ceux qui ont vécu dans les siècles passés, ou alors, ceux dont nous descendons, "nos ancêtres".




Un bon dimanche, une bonne semaine à toutes et tous!
Et… A dimanche prochain!




Frédéric

article suivant: Benjamin, ou d'Amérique


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