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dimanche 12 novembre 2017

une vache qui rit, c'est un miracle







Lorsque, après dix ans de solitude et de méditation, Zoroastre revint dans sa tribu natale, les siens le reconnurent à peine. Une flamme guerrière sortait du mystère de ses grands yeux, et une autorité souveraine émanait de sa parole. Il convoqua sa tribu et les tribus aryennes voisines pour les inciter à la guerre contre les Touraniens, mais en même temps il leur annonça sa révélation, le Zend-Avesta, le verbe vivant, la parole d’Ormuz. Cette parole devint le centre animateur de son œuvre. Purification, travail et combat, telles en furent les trois disciplines. Purification de l’esprit et du corps par la prière et le culte du feu, « ce fils d’Ormuz, » comme il l’appelle, du feu qui renferme le premier souffle de Dieu. Travail de la terre par la charrue et culture des arbres sacrés, cyprès, cèdre, oranger; travail couronné d’amour, avec l’épouse prêtresse au foyer. Combat contre Ahrimane et les Touraniens. La vie des Aryas sous Zoroastre fut ainsi une perpétuelle veillée des armes, une lutte incessante, adoucie et rythmée par les travaux des champs et les joies mâles du foyer.

La légende de Zoroastre,
III. — LE GRAND COMBAT ET L’ANGE DE LA VICTOIRE

Edouard Schuré,
in Revue des Deux Mondes tome 3, 1911

Philippe Frédéric “Édouard” Schuré
21 janvier 1841 - 7 avril 1929





















Bonjour à toutes et tous!


Aaah...


Aujourd'hui, nous allons gentiment continuer le tour des dérivés de cette incroyable *werǵ-, “faire”.

Ses dérivés dans les groupes...

  • hellénique ? ✅
  • germanique ? ✅
  • celtique ? ✅
  • balto-slave ? ✅


Bon, 'y a plus qu'à passer au groupe... indo-iranien !




Nous y trouvons une racine proto-indo-iranienne (comme les choses sont bien faites) *warĵ-

(ou * u̯arz- selon la retranscription de Johnny Cheung, 


Johnny Cheung











qu'il utilise dans son Etymological Dictionary of the Iranian Verb - collection Leiden Indo-European Etymological Dictionary Series)



Son champ sémantique, au vu de ses dérivés?
Oh, “fairefabriquerlabourer”.
labourer” ... Ça me rappelle une histoire choquante, triste... À l'issue de laquelle je me suis juré de ne plus jamais manger de Vache Qui Rit. 
Oui bah, je l'avais déjà racontée, ici: Après analyse, nous avons trouvé une solution.
La Vache Qui Rit organisait un concours: “Dites pourquoi la Vache Qui Rit rit”.
J'avais forcément répondu: “la Vache Qui Rit rit parce que le fermier laboure”. 
Eh bien, le croiriez-vous ? Je n'ai même pas reçu de nouvelles du concours, pas même un simple accusé de réception. Rien
Enfin...! Petits joueurs, va. 
Plus JAMAIS je n'ai mangé de Vache Qui Rit. Na.

De cette racine *warĵ- descendent une ch... euh une flopée de mots dans ce groupe gigantesque... Autant par le nombre de langues qu'il englobe, que par la zone géographique où on les parle (les langues du groupe, on se concentre).



(source)


Si toutes les langues de ce grand groupe sont parfois phonétiquement très éloignées les unes des autres, elles ont cependant toutes en commun une même grammaire originelle
(On confond souvent morphologie et/ou lexique et aspects grammaticaux: c'est plus par leur base grammaticale commune que l'on peut rapprocher des langues entre elles, que par la simple ressemblance de leur lexique, qui pourrait ne s'expliquer que par des emprunts, sans plus...)
Ainsi, vous ne vous étonnerez pas de savoir que l'avestique (vieil-iranien oriental), par sa structure, est particulièrement proche du sanskrit (vieil-indien du nord-ouest) ou du vieux-perse (vieil-iranien oriental), même si ce dernier s'en éloigne phonétiquement. (merci Wikipedia)



Alors, revenons plus précisément à cette racine indo-iranienne *warĵ-. 
Nous en retrouverons des dérivés un peu partout...


Commençons donc par l'avestique vərəz, “travailler, exécuter une tâche...”.




*werǵ-, “faire”
racine indo-iranienne *warĵ-, fairefabriquerlabourer

 avestique vərəz, “travailler, exécuter une tâche...”




Vous le savez déjà, puisque nous en avions parlé dans cet article au titre si prometteur, 
A la vue des Nippons, c'est la Chine qui se lève, ou le Tadjikistan?,
il existait un suffixe proto-indo-européen qui, une fois appliqué au degré zéro d'une racine,  lui conférait l'aspect imperfectif. 
(Mais oui enfin, relisez-le, cet article !!) 

Ce suffixe, c'était *(é)-yeti.

Vous prenez le degré zéro de notre charmante *werǵ-: *wrǵ-,
vous lui rajoutez *-yeti ...

et vous obtiendrez *wr̥ǵyéti-
Ah oui, ce caractère * signifie que le *r original est devenu une sonante, susceptible d'accent syllabique, et surtout capable de dorénavant former une syllabe 
En lituanien, par exemple, cette syllabe sera devenue ir̃, ou ur̃, en arménien, ar, en grec ra, en tokharien är ... 
En avestique, elle se manifestera sous la forme... ərə. 
Voilà pourquoi, mes enfants, *wr̥ǵyéti- a donné l'avestique ... vərəziieiti, faire, agir”. 
Oui, sans i, vous étiez complètement largué en avestique. On raconte même qu'il y avait plusieurs touches i sur les claviers avestiques ! Mais ce n'est peut-être qu'une légende...


*wrǵ- + *-yeti-  ⇒ imperfectif *wr̥ǵyéti-

 avestique
vərəziieiti, faire, agir”.



Pour vous permettre de le situer, sachez que dans le super-groupe indo-iranien, 

l'avestique se cache dans le groupe iranien, 
sous-groupe des langues iraniennes orientales, 
famille des langues iraniennes nord-orientales.

Eh bien, très loin de là, dans une tout autre ramification du groupe indo-iranien, celle correspondant au groupe indo-aryen, on trouve le ... sanskrit.

Ce sera peut-être plus clair comme ça...
Et vous pouvez agrandir, hein.
(source)


Et en sanskrit, vous rencontrerez - toujours selon Johnny Cheung - un autre digne descendant de notre *werǵ- bien-aimée:

  • स्ववृष्टि (svavṛṣṭi), “faisant son propre travail”, qui est en fait une des très très nombreuses épithètes de Indra.

 
Indra, le roi des dieux, Seigneur du Ciel. Qui présente d'ailleurs de nombreux points communs avec d'autres divinités indo-européennes comme Zeus, Jupiter, Thor ou Odin...

Mis de côté l'éléphant à trois trompes, évidemment.


le Seigneur Indra
(source)




*werǵ-
, “faire”
racine indo-iranienne *warĵ-, fairefabriquerlabourer

 sanskrit स्ववृष्टि (svavṛṣṭi), “faisant son propre travail”



Mais reprenons.

De la racine proto-indo-iranienne *warĵ-
nous avons reçu le proto-iranien ... *warĵ-. 
De même sens: “fairefabriquerlabourer” (en un mot).



L'ascète retiré du monde et le laboureur



À son tour, et c'est bien normal - 'manquerait plus qu'ça -, le proto-iranien *warĵ- nous a également légué quelques beaux dérivés. Comme par exemple ...

(sous-groupe des langues iraniennes orientales)

  • le bactrien (langue à présent disparue) οαρζιαο (“oarziao”), οαρζοιαο (“oarzoiao”), “agriculture”,
  • le chorasmien (hélas aussi disparu) mwžy-, “employer, utiliser, s'efforcer de”,
ou encore
  • le (vieux) khotanais - langue sace désormais disparue elle aussi - valys-, “travailler, causer (dans le sens d'occasionner)”, comme dans le composé jsaña-ulysa-, “causant la mort”...
Bon, rassurez-vous  il y a encore des langues vivantes dans cette famille, comme...

  •  le yagnobi, avec warzón-/warzónta, “cultiver la terre”.



Dans le sous-groupe des langues iraniennes occidentales, cette fois, nous épinglerons...

  • le kurmandji (le kurde septentrional) bilîn, “s'efforcer de, mettre en oeuvre...”
mais aussi...

- Et c'est ici que vous découvrez un nouveau glissement de sens, particulièrement surprenant, et vraisemblablement apparu en moyen-persan... -

  • le parthe (langue moyenne iranienne, disparue) wrc
(je pense que ça se prononce plus ou moins warch”),
“puissance miraculeuse, miracle” !

Joli, non ?

Alors, l'explication ...

Mmh, je pense que ça doit être lié à la vision que ces glorieux hommes avaient du monde d'une façon générale, et de l'agriculture en particulier. 

Ce qui pour nous, hommes de peu de foi, ne s'explique que par des mécanismes purement chimiques, biologiques, était pour eux de l'ordre du magique, du divin.

Planter une minuscule graine, et la voir un jour se transformer en un bel épi de blé devait impliquer, pour eux, une intervention divine. Et que cela puisse se répéter encore et encore, d'années en années, relevait du miracle. C'était tout simplement un don du Ciel.



L'Angelus, Jean-François Millet


Car oui, les notions de travail aux champs et de puissance miraculeuse étaient étroitement liées.
Ainsi, en pehlevi,
l'écriture utilisée dans l'empire sassanide (224 - 651) pour rédiger en moyen-persan textes profanes et religieux,
on retrouve, toujours dérivés de la belle et mystérieuse indo-iranienne *warĵ-, et a fortiori de notre si jolie *werǵ-

  • wlcytn' (“warzīdan”), “travailler, agir, pratiquer, causer/engendrer, labourer”), mais aussi
  • wlc (“warz”), “travail, agriculture; puissance miraculeuse, miracle”.




*werǵ-, “faire”
racine indo-iranienne *warĵ-, fairefabriquerlabourer

racine iranienne *warĵ-fairefabriquerlabourer

 dérivés dans les langues iraniennes orientales aux sens de employer, s'efforcer, causer, cultiver... /
dérivés en moyen-persan aux sens de cultiver / puissance miraculeuse...




une autre belle et mystérieuse indo-iranienne (iranienne, en tout cas)



Non mais ??
Vous vous rendez compte ?
Rappelons-nous quand même que sommes partis de notre brave “organiser”, verbe qui ne demande vraiment rien à personne, et dont tout le monde se f**t éperdument. 

Et là, ô merveille, on lui trouve des cousins persans.

Ça aussi, non, ça tient un peu du merveilleux, du miraculeux...

Merci qui?
Mais... l'indo-européen, pardi !



Semaine prochaine, dernier round. 
Avec - je sais que vous l'attendez impatiemment - du tokharien

Mais aussi... Je n'en dirai pas plus. Mais ce sera une belle façon de boucler la boucle.



Ah oui, une dernière chose: je vous parlais, la semaine dernière du bas-sorabe et du haut-sorabe
Si vous voulez en savoir plus sur ces deux langues, (re-)lisez:


et aussi 






Je vous souhaite, à toutes et tous, un excellent dimanche, et une très bonne semaine !




Frédéric






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Et pour nous quitter,

de la musique traditionnelle iranienne,
par le groupe iranien ماه بانو‎‎, Māh Bānū, jouant qui plus est sur
instruments traditionnels.


Peut-être les membres fondateurs du groupe sont-ils originaires de Māh Bānū, petit village rural iranien, mais si c'est le cas, il ne reste plus grand-monde au village ...
(au recensement de 2006, la population de Māh Bānū s'élevait à 13 personnes, réparties en 5 familles)


Une chanson pleine d'espoir, un rêve d'amour universel,
un poème rédigé dans une conception très... zoroastrienne,

selon laquelle nous provenons du UN, et 
le réintégrerons quand nous aurons quitté ce monde manifesté, par définition divisé,
car résultat de la division du grand tout, du UN.

(si vous voulez la version occidentale et de la fin du XVIIIème de cette conception de l'Univers, et que vous n'avez vraiment rien d'autre à faire pendant plusieurs très longs mois, 
lisez donc le Traité de la réintégration des êtres de Martinès de Pasqually)


ما را بس, “Pour nous, c'est suffisant




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dimanche 5 novembre 2017

la pêche en mer Baltique, ce n'est pas toujours très conique









“Assise sous les grands pins au bord de la Baltique, Lila rêvait d'elle-même, un brin d'herbe entre les dents, et il me semblait que ce brin d'herbe, c'était moi, que j'allais être jeté au vent d'un moment à l'autre.”

Romain Gary,













Les cerfs-volants, 1980,
 son tout dernier roman, 
qu'il écrivit peu avant de se suicider,
le 2 décembre 1980.




Bonjour à toutes et tous!



Suite de notre étude des dérivés de la si gentille racine indo-européenne *werǵ-, “faire”.

Après avoir passé en revue ses dérivés en grec ancien, dans le groupe germanique et enfin dans les langues celtiques, je vous propose, aujourd'hui, de nous intéresser à ses dérivés...



... balto-slaves ! (soyons fous)


Rick Derksen, chez qui je vais souvent chercher la lumière dès qu'il s'agit d'étymologie balto-slave, 


dans ces sommes que représentent ses Etymological Dictionary of the Slavic Inherited Lexicon et Etymological Dictionary of the Baltic Inherited Lexicon, 


nous raconte que le degré zéro de *werǵ-, “faire”...

(donc, où du fait de l'alternance vocalique, la voyelle-pivot e de notre adorable *werǵ disparaît... 
- zéro = vide: ya p'us, parti, le e -
... pour ainsi donner *wrǵ-, que Rick Derksen retranscrit personnellement sous la forme *urǵ-)
... se retrouve dans la racine proto-balte *varža-.

Que l'on retrouvera elle-même dans ...
  • le lituanien várža, ou 
  • le letton (mais l'est-on VRAIMENT?) várža, “piège à poisson”.
(Pour ceux qui se demanderaient si je n'ai quand même pas déjà fait ce jeu de mots stupide: oui bien sûr. Je le fais systématiquement.  Un jour, je me suis promis que chaque fois que j'écrirais letton - mais l'est-on VRAIMENT?? -, je le ferais. C'est aussi grâce à cette confondante tournure d'esprit que chaque dimanche depuis sa création, j'ajoute un article à ce blog.)

- Piège à poisson ?? Mais ça y est, tu continues à te f*tre de notre balle, hein !
- Bonjour, et bon dimanche ! Oui, je sais, ça peut surprendre, ce piège à poisson... 

piège à poisson


Comment donc établir le lien avec la sémantique originale de *werǵ-, “faire”?

Simple! Ce piège à poisson, mais c'est une nasse ! Et une nasse, c'est en osier !

Et ici, nous assistons tout simplement à un joli glissement de sens avec spécialisation, de 
faire / travaillerà “travailler ... l'osier.

Ces várža ou várža doivent donc se comprendre comme des nasses en osier, des ouvrages d'osier, ... destinés à attraper le poisson.

Ici, un piège à poisson de la Baltique, en osier.


Oh, la descendance de *werǵ- nous a déjà accoutumés à ce genre de choses...

Pensez à son dérivé islandais yrkja, cultiver (un champ) , ou ...composer un poème”.
En anglais, a workbox, c'est une boîte à ouvrage
Et - je ne l'avais pas précisé, je l'avoue - le sens du vieux haut-allemand werc - toujours valeureux descendant de notre *werǵ-, évoquait les notions de couture, ou de tissage...
Ce que nous pourrions traduire, en français, par ouvrage (de dames)

robe en osier.

Eh non, la légende de cette illustration ne sera pas “on peut aussi attraper de la
morue, avec une nasse en osier”.

Ahah, bien essayé, mais non, pas d'humour gras et sexiste ici. 



Ça, c'est pour les langues baltes.


cht'ite récap?

*werǵ-, “faire”

forme au timbre zéro *wrǵ-
racine proto-balte *varža-

 lituanien várža, letton várža, “piège à poisson”.


Simple, propre, linéaire, sans histoire.


Pour ce qui est des langues slaves,  en revanche, là.... 'y a comme qui dirait un malaise...

Car OUI, on recrée bien un proto-slave *vьrša-, équivalent au proto-balte *varža-, mais bon, il se pourrait fort bien que ...
Pfff.
Ouais, je me dois de vous en dire plus ...




Allez, je vais vous raconter tout ça, les enfants.

- Oh oui papy, raconte-nous une histoire !





Or donc...
Pour expliquer une série de mots slaves tels que ...
  • le russe ве́рша (“viercheu”),
  • le biélorusse вярша (“vjarcha”)
  • le bulgare връ́ша (“vrǎ́cha”)
  • le tchèque vrše (imprononçable, même pour les Tchèques, qui l'évitent, en trouvant des périphrases) 
ou carrément ...
  • le bas-sorabe wjerša et le haut-sorabe wjerša - cas rarissime, remarquez que les formes en bas-sorabe et haut-sorabe sont rigoureusement les mêmes ! -...

Je reprends:

... Pour donc expliquer cette série de mots slaves ...
... tous de sens identique à celui de nos baltes várža ou várža, “piège à poisson”, 
on recréerait volontiers une racine proto-slave *vьrša-.
(un petit truc: une proto-langue (proto-slave, proto-balte, proto-germanique, proto-celtique, ou proto-indo-européen...), est toujours reconstruite ; il s'agit du résultat d'un exercice complexe de linguistique comparative et historique: on part de mots plus récents, auxquels on essaye de retrouver un ancêtre commun, qui les expliquerait tous. 
L'existence de ces proto-langues, fruit d'un pur exercice intellectuel, théorique par définition, est forcément difficile à prouver. Mais parfois, la chance sourit aux audacieux linguistes historiques, et des éléments factuels viennent attester le bien-fondé de ce processus. 
(Re-)lisez donc peut-être cet article d'il y a un peu plus de deux ans: Un Anglais roulant en Jeep Wrangler (et non en Land-Rover) ? Wrong. Simplement wrong., et voyez ce que raconte David W. Anthony à ce propos...)

Mais une autre possibilité existe...

Qu'en réalité, toutes ces formes slaves ne dérivassent point de *vьrša-, mais d'une autre racine proto-slave: *vьrxъ, sommet.
Oui, car ce qui caractérise aussi ces fameuses nasses en osier qui permettent d'attraper le poisson, c'est leur forme si particulière, et notamment leur bout, leur sommet (de forme conique). Au point que ce trait distinctif aurait parfaitement pu servir, par métonymie, à les nommer... 
revoyons l'image au ralenti: oui, le bout de ces nasses en osier est bien conique.


Pour l'instant, les deux théories étymologiques cohabitent, et il est difficile d'en préférer l'une à l'autre, car chacune a ses limites (que je ne détaillerai pas ici, vous pouvez me remercier) ; aucune n'est parfaite. 
Même si, personnellement, ma préférence irait à celle qui voit *vьrša- comme ancêtre commun à ces formes.

Ah oui, tiens, ce petit signe ь tout mimi qui se cache derrière le v de *vьrša-, c'est un signe mou, qui adoucit la consonne qui le précède. Qui la ramollit, qui la mouille.
En russe, c'est ce qu'on appelle un мя́гкий знак (“mjágkii znak”, littéralement “signe mou”).

Ce signe, donc, ne se prononce pas, mais altère la prononciation de la consonne qu'il suit.

Par exemple, pour prononcer le russe pour mère, мать, faites-le à la québécoise: matj, mat'.

(Pour vous les Québécois, prononcez mat sans vous poser de question.)



Petite récap, pour ce qui est de la descendance slave de notre *werǵ- ?


(Peut-être)

*werǵ-, “faire”

forme au timbre zéro *wrǵ-
racine proto-slave *vьrša--

 russe ве́рша, “piège à poisson”... ...




Avant de nous quitter, je vous donne encore un mot.

Encore un dérivé de notre *werǵ-, “faire”.

Mais... ni balte, ni slave.

Le souci, c'est que ... je dois bien le placer quelque part.

Et voilà: la langue dont il provient forme un groupe indo-européen à elle toute seule, car même s'il ne fait aucun doute que cette langue est indo-européenne, on n'arrive pas à la caser dans d'autres groupes. 
Même si on lui trouve pourtant des liens étroits avec le grec, ou avec l'iranien... Mais ce n'est pas à moi de juger.


Vous voyez de quelle langue je parle?

Un indice?



Non?
Allez, encore un:



Oui, hein !
Ou pas?

Allez, juste un dernier:




Oui !! L'arménien.

Le mot dont je voudrais vous parler, c'est l'arménien գործ (“gorts”), qui dérive de notre *werǵ- par le vieil arménien գործ (oui, toujours “gorts”).

Ce qu'il signifie? Emploi, travail, et plus spécialement affaire, dossier, cas...

Et OUI, il dérive de notre formidable *werǵ-, tout comme le grec ancien ἔργον, érgon, “oeuvre, action, travail, tâche, par *wérǵom-, “travail”, créé sur le timbre o de *werǵ-: *worǵ-.


*werǵ-, “faire”

forme au timbre o *worǵ-
substantif indo-européen *wérǵom-, “travail”

 vieil arménien գործ
arménien գործ, “emploi, travail...”






Je vous souhaite, à toutes et tous, un excellent dimanche, et une très bonne semaine !




Frédéric






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Attention,
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CHAQUE JOUR de la semaine.
(Mais de toute façon,
avec le dimanche indo-européen,
c’est TOUS LES JOURS dimanche…).
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Et pour nous quitter,

Du Bizet !

Les Pêcheurs de Perles: "Au fond du temple saint"


Et encore du Bizet... !



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